04: Sport sécuritaire : qu'est-ce qui compte vraiment pour les athlètes et comment apporter un changement durable?

Par Allison Forsyth, ski alpin, membre du conseil d’administration d’AthlètesCAN

Le « sport sécuritaire ». Vous en avez entendu parler? Certains disent que c’est un « mot à la mode », tandis que d’autres pensent qu’il est question de Sport sécuritaire Canada, une organisation déjà existante. Ni l'un ni l'autre n'est vrai, et plus AthlètesCAN et moi travaillons dans ce domaine, plus il devient clair que la définition et la signification de « sport sécuritaire » varient considérablement au sein et en dehors de la communauté sportive. Nous semblons être d'accord sur le principe fondamental : le sport sécuritaire est important. Cependant, les divergences concernant ses éléments de base, la façon d’y parvenir et à quoi ressemble réellement le changement significatif sont vastes.

Le sport sécuritaire devrait être la raison pour laquelle nous pouvons encourager fièrement les athlètes aux Jeux olympiques, sachant que nous les avons protégés tout au long de leur parcours. Le sport sécuritaire devrait être la raison pour laquelle nous, en tant que parents, pouvons permettre à nos enfants de faire du sport en toute confiance, sachant qu'ils seront à l'abri de la maltraitance.

J’ai participé deux fois aux Jeux olympiques, je suis médaillée des championnats du monde, cinq fois médaillée en Coupe du monde, huit fois championne canadienne et survivante d'abus sexuels au sein du système sportif canadien. Je me souviendrai toujours des résultats avec tendresse, et je rêve quotidiennement de pouvoir oublier les abus. Je n'étais pas protégée, même le moins du monde, contre le prédateur en série qui a abusé de moi et de nombre de mes coéquipières. Notre système n'a pas été mis en place pour éduquer correctement les athlètes et les administrateurs au sujet du potentiel d’abus. Certes, le monde du sport était différent, la société était différente… la culture du sport et le niveau de protection dont profitent nos athlètes ont naturellement évolué; cependant, ce n'est toujours pas suffisant.

En tant qu'athlète parlant à d'autres athlètes, je suis consciente que ce que j'ai évoqué ci-dessus ne vous surprendra probablement pas. Nous travaillons dur jour après jour pour atteindre nos objectifs, souvent aveuglés par la culture environnante, prenant pour acquis de nombreux aspects du côté « laid » du sport dans la poursuite impitoyable de l’excellence. Quand quelque chose de « mauvais » nous arrive et / ou que nous assistons à quelque chose de « mauvais » au sein de notre équipe, il est difficile de savoir quoi faire car ce qui est considéré, dans d'autres secteurs de la société, comme de la maltraitance, est souvent considéré comme normal par les athlètes.

Par exemple, prenez ce que l'on considère souvent comme un « entraîneur sévère » et pensez à d'autres secteurs de la société, le plus pertinent étant l’école. À l’école, est-ce normal de cogner sur un bureau, de crier tous les jours et constamment après les enfants en leur disant qu’ils ne sont rien, qu’ils ne valent rien, qu’ils n’iront nulle part en apprenant comme « ça »? Est-il acceptable pour un enseignant de prendre part à un déplacement à l’extérieur qui se poursuivra jusqu’au lendemain avec un seul élève? La réponse est évidente, alors pourquoi est-il toujours acceptable que cela se produise dans le sport?

En raison des révélations relativement récentes de mauvais traitements dans la LNH, dans tous les vestiaires de hockey du pays, quel que soit le niveau, des joueurs se sont dit « Oh, se pourrait-il que la façon dont mon entraîneur me traitait quand j'étais jeune n'était pas correcte? ». Bien que des révélations similaires à celles-ci aient été faites d'une manière beaucoup moins publique et médiatique depuis des décennies, c'était l’élément déclencheur qu’il fallait - le début d'un changement dans la compréhension qu'il existe une culture malsaine dans le sport qui évolue facilement vers un terrain fertile pour les mauvais traitements, allant des incidents de violence verbale, de négligence, de violence physique et de harcèlement jusqu’aux mauvais traitements continus et prolongés ayant des effets dévastateurs sur la santé et le bien-être des athlètes, bien au-delà du sport.

À l'extrême du spectre se trouvent les abus sexuels – le type d’abus qui fait les manchettes et qui suscite le plus de chuchotements au sein de nos équipes. C'est le genre d'abus dont j'ai été victime, et celui qui a changé ma vie à jamais. En tant que survivante, je veux que vous sachiez que oui, j'ai été victime d'un prédateur en série et ils sont rares. Cependant, et plus important encore, si mon sport avait été un exemple d'une culture saine, sécuritaire, positive et éduquée, je pense que cela ne me serait pas arrivé.

D'une part, nous pouvons traquer et punir rétroactivement les personnes qui abusent de leurs situations de pouvoir et abusent. Il ne fait aucun doute que ce sera toujours une pièce importante du casse-tête. Cependant, nous devons changer la culture pour nous concentrer sur la prévention - idéalement, respecter la règle de 80 / 20, soit 80 % de prévention et 20 % de punition afin que nous puissions vraiment changer les effets dévastateurs des abus subis par les athlètes aux mains des agresseurs une fois que les abus ont déjà eu lieu. Nous devons travailler en amont. L'arrêt du cycle ne se produit pas à la fin, il se produit au début.

Nous devons comprendre la maltraitance, les définitions des diverses formes d'abus et de harcèlement, et comment éduquer, dépister, former et définir une attente culturelle de positivisme, que la santé soit plus importante que les podiums et les humains plus importants que les résultats.

Il ne s’agit pas de sport, mais d’humanité.

Alors, que pouvons-nous faire en tant qu'athlètes pour créer une culture sportive sécuritaire au sein de notre sport? Mon but n’est pas de simplifier les complexités de chaque sport, ni de semer une graine de maltraitance qui peut ne pas exister chez un athlète ou au sein d’un groupe d'athlètes en particulier. J'espère sincèrement que ce n’est pas le cas, mais malheureusement, nous savons sans équivoque, d'après les résultats d'un sondage qu'AthlètesCAN a élaboré en partenariat avec l'Université de Toronto, que la maltraitance est souvent présente. Mon but est d’encourager les athlètes à prendre le contrôle de leur sport et de plaider en faveur d’un environnement sain. Athlètes : si ce n’est pas pour vous, alors pour le prochain vous, vos futurs coéquipiers ou peut-être vos enfants.

Je propose le cadre suivant comme guide pour vous donner les outils nécessaires et défendre cette cause :

  1. Impliquez-vous et posez les questions qui doivent être posées. Quelles politiques votre équipe ou organisme applique-t-il? Quels codes de conduite existent pour vous protéger, vous et vos coéquipiers? Quel est votre mécanisme de signalement tiers obligatoire? De quel comportement « inacceptable » êtes-vous témoin quotidiennement? À qui pouvez-vous en parler? Comment les personnes en position d'autorité sont-elles sélectionnées? Quelle formation et quelle éducation reçoivent-elles? Quelle est votre politique sur les déplacements? Avez-vous la règle de 2?
  2. Insistez sur l'éducation et la formation. Soyez proactif. Il existe de nombreuses options d’éducation et de formation (par exemple, la plus récente formation sur le sport sécuritaire de l'ACE pour les athlètes des équipes nationales). Poussez votre organisme à mettre cela en place et à rendre cela obligatoire.
  3. SIGNALEZ! Si vous savez, vous savez. Si vous en parlez uniquement à vos coéquipiers, vous ne parlez pas aux bonnes personnes. C'est à nous tous de nous protéger et de nous protéger les uns les autres. Croyez-moi quand je dis que vous ne vous pardonnerez pas si vous ne dites rien.
  4. Demandez de l'aide. Si vous n’obtenez pas de réponse, si vous êtes dépassé ou craignez des représailles, n’ayez pas peur de demander de l’aide. AthlètesCAN n'est qu'une des ressources qui peuvent vous aider, et nous travaillons fort pour en fournir beaucoup, beaucoup plus.

Nous sommes là. Nous comprenons. Je suis là. Je comprends. Ensemble, changeons le sport pour toujours.

 

BIOGRAPHIE

Allison Forsyth, ski alpin

Née et ayant grandi sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, Allison a commencé sa carrière de skieuse compétitive à l’âge de 5 ans. Grimpant rapidement les échelons et se qualifiant pour l’équipe nationale à 17 ans, elle a ensuite concouru en exclusivité sur le circuit de la Coupe du monde de ski alpin pendant 11 ans. Au cours de sa carrière, elle a remporté huit titres de championne canadienne, a récolté cinq podiums en Coupe du monde et a gagné une médaille de bronze aux championnats du monde en 2003.

Après avoir pris sa retraite en 2008 suite à ses deuxièmes Jeux olympiques, en raison d’une blessure, Allison a travaillé pour lululemon dans le domaine de la marque et du marketing pendant 10 ans. En raison de sa passion pour le sport et la défense des intérêts des athlètes, elle a depuis entamé une carrière d’experte-conseil en entraînement, en coaching et en gestion de la marque à Toronto, en Ontario. Plus récemment, Allison s'est exprimée au sujet des abus dont elle a été victime de la part de son entraîneur de l'équipe nationale. Elle est déterminée à jouer un rôle de premier plan dans l'évolution du domaine de la sécurité des athlètes dans le sport afin que tous les athlètes bénéficient d'un environnement sportif sain et sans danger pendant qu’ils s'efforcent d'atteindre leurs objectifs

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